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Cheikh Tidiane Sarr sur l’Acte 4 : “Osons fusionner nos agences et repenser nos territoires”
Une nouvelle ère pour la gouvernance territoriale
L’annonce du ministre de l’Urbanisme, des Collectivités territoriales et de l’Aménagement du territoire, Balla Moussa Fofana, d’engager le pays vers l’Acte 4 de la décentralisation, marque un moment clé dans la gouvernance territoriale du Sénégal.
Cette réforme, selon le ministre, vise à corriger les déséquilibres historiques et à faire émerger des pôles territoires, véritables leviers de souveraineté économique et de justice sociale.
« Les pôles territoires seront la revanche de nos territoires sur les déséquilibres historiques », a-t-il déclaré.
Une vision saluée par Cheikh Tidiane Sarr, journaliste et spécialiste du développement territorial, qui invite toutefois à aller au-delà des discours pour poser les fondations d’une refondation structurelle.
“L’Acte 4 doit être un tournant, pas un simple toilettage”
Pour Cheikh Tidiane Sarr, la décentralisation sénégalaise a certes progressé depuis l’indépendance, mais elle reste inachevée.
De la création des communautés rurales en 1972 à la régionalisation de 1996, en passant par la communalisation intégrale de l’Acte 3, chaque étape a marqué une avancée sans pour autant combler les écarts de développement ni résoudre la multiplicité institutionnelle qui freine l’efficacité locale.
« Oui, l’Acte 4 est nécessaire, mais il doit aller plus loin. Il faut oser la rationalisation institutionnelle et repenser nos territoires », plaide-t-il.
Acte 3 : une réforme salutaire mais incomplète
L’Acte 3 de la décentralisation, initié en 2013, a profondément transformé l’architecture territoriale :
fin des régions comme collectivités locales ;
érection des départements en collectivités de plein exercice ;
communalisation intégrale du territoire.
Cette réforme, rappelle Oumar Gueye, ancien ministre des Collectivités territoriales, « a redonné la dignité aux anciennes communautés rurales devenues des communes à part entière ».
Elle a également permis une meilleure redistribution des ressources avec la Contribution économique locale (CEL) et les fonds de péréquation.
Mais dix ans après, les limites restent évidentes : gouvernance éclatée, faiblesse de la planification, chevauchement des compétences et multiplicité d’agences intervenant sur les mêmes missions
“Trop d’agences, pas assez de cohérence”
Pour Cheikh Tidiane Sarr, il est temps de repenser la gouvernance institutionnelle du développement local.
« Aujourd’hui, nous avons trois agences l’ADM, l’ADL et l’ANAT qui se marchent souvent dessus. Il faut une fusion intelligente pour plus d’efficacité et de cohérence », soutient-il.
Il propose la création d’une Agence nationale du Développement Territorial (ANDT) unique, capable de piloter de manière coordonnée les politiques publiques locales, de mutualiser les ressources et de réduire les dépenses publiques.
Une telle mesure, selon lui, incarnerait « un acte fort de bonne gouvernance et d’efficacité publique ».
Des réformes de fond à ne plus repousser
Pour que l’Acte 4 tienne ses promesses, Cheikh Tidiane Sarr estime qu’il doit régler les questions longtemps mises de côté :
Le statut de l’élu local et de ses adjoints ;
La clarification des limites territoriales sources de conflits fonciers ;
La réforme des finances locales ;
Le renforcement des ressources humaines au sein des collectivités ;
Et la gestion durable de l’eau, enjeu vital du développement local.
Ces chantiers, selon lui, sont indispensables pour bâtir des territoires viables, compétitifs et attractifs, conformément à la Vision Sénégal 2050.
“Le développement local ne se décrète pas”
Pour le journaliste et coach territorial, le développement local repose avant tout sur la création de valeur par les populations elles-mêmes:« Le développement économique local ne se décrète pas, il se construit. C’est la mise en mouvement des acteurs, des ressources et des savoir-faire du territoire », explique-t-il.
En misant sur l’économie de proximité, la valorisation des potentialités locales et la responsabilité des collectivités, le Sénégal peut transformer la décentralisation en un outil de prospérité partagée
“La décentralisation, c’est une école de responsabilité”
Pour Cheikh Tidiane Sarr, la décentralisation ne doit plus être perçue comme un chantier administratif, mais comme une école de gouvernance et de confiance: « Osons faire de l’Acte 4 non pas une réforme de plus, mais la véritable refondation territoriale du Sénégal. »